Entretien
avec Serge Crabié
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Serge Crabié,
Président de la Chambre Régionale des Métiers et de l'Artisanat Midi-Pyrénées.
Le
CRERA :
Monsieur le Président, quel regard portez-vous sur la place de l’Apprentissage
dans notre région ?
Serge Crabié : Le conseil Régional Midi-Pyrénées a ces dernières années amplifié ses efforts afin de développer l’apprentissage tant sur le plan quantitatif que qualitatif. L’apprentissage permet à des jeunes venant d’horizons différents de se réaliser, d’obtenir un diplôme ainsi qu’une qualification reconnue par les entreprises. Et, dans notre Région, c’est un facteur de réussite important ; la densité artisanale en Midi-Pyrénées est deux fois plus importante que celle de la Région Ile de France.
En terme d'emploi, d'insertion professionnelle, quels sont, au niveau de l’artisanat, les secteurs les plus porteurs aujourd’hui ?
Le secteur du Bâtiment était porteur d’emplois pratiquement à
100%. Aujourd’hui, dans cette période transitoire d’après crise, on ressent
quelques difficultés mais j’ai l’espoir que la situation s’améliore rapidement
Les autres secteurs porteurs sont la mécanique, les métiers de bouche… en
fait, tous les métiers de l’artisanat sont porteurs d’emplois..
Quelles sont d'après-vous les formations qui seraient les plus adaptées à l'apprentissage et à quel niveau de formation ?
AToutes les formations sont adaptées à l’apprentissage.
Nous devons ; nous, responsables de centres de formation, prendre les bonnes
décisions pour former nos jeunes à des niveaux supérieurs car on s’aperçoit
que le niveau IV est beaucoup plus porteur que le niveau V. Les entreprises
ont et auront besoin de personnels plus autonomes.
Concernant la réforme du bac pro en 3 ans, je m’interroge pour l’avenir des
jeunes qui n’obtiendraient pas le diplôme.
L’apprentissage souffre-t-il encore de son image vieillotte ? Quelles actions ont été ou vont être mises en place pour valoriser cette voie de formation ?
L’apprentissage est aujourd’hui de plus en plus valorisé, par
le biais d’événements : « Printemps de l’apprentissage », « concours du
meilleur apprenti de France »... La Région attache beaucoup d’importance à la
valorisation de l’apprentissage et des apprentis.
Nous avons un grand projet au niveau de la Région Midi-Pyrénées, celui de
mettre en place, l’Université des Métiers de l’artisanat en 2011-2012. Tous
les partenaires seront associés à ce projet ; le Conseil Régional, les
branches professionnelles, l’Education nationale, le CRERA...
Pourquoi ce projet ?
En fait, nous constatons que, dans le secteur artisanal, 15% des jeunes qui
sont accueillis dans nos CFA ont un niveau IV voire supérieur. Il faut donc
permettre à ces jeunes d’aller « au bout de l’aventure » c'est-à-dire de les
accompagner vers une licence professionnelle ou un autre diplôme supérieur.
Cette université permettra la réalisation de cet objectif. Ce projet sera
piloté et géré par la Chambre Régionale des Métiers et de l’Artisanat et la
mise en oeuvre se fera dans les départements. C’est d’ailleurs la raison pour
laquelle j’insiste sur la nécessité d’apporter aux jeunes les moyens d’une
véritable mobilité entre les départements et je souhaite que le Conseil
Régional prenne réellement en compte cette problématique.
Un jeune diplômé sortant de l’Université des Métiers aura acquis les
compétences nécessaires afin d’assurer la direction d’une entreprise. Il
maîtrisera donc la partie pratique professionnelle et la partie gestion.
Nous sommes dans une région à forte densité artisanale et nous aurons, dans
les 5 ans à venir, plus de 10 000 entreprises qui vont cesser leur activité
alors qu’aujourd’hui nous n’avons pas les repreneurs. Cette université
permettra de préparer les jeunes à la reprise de ces entreprises.
Dans le cadre de la volonté politique nationale d’accroître les effectifs en apprentissage, mais aussi du programme de campagne lors des récentes élections régionales, quels sont les enjeux majeurs à privilégier pour atteindre ces objectifs ?
Dans le contexte actuel les entreprises se posent d’avantage de
questions avant d’embaucher un jeune apprenti. Aujourd’hui, nous recensons
plus de demandes de contrats que d’offres. A ce sujet, nous travaillons
beaucoup au niveau des chambres consulaires départementales, notamment grâce à
l’action des développeurs de l’apprentissage.
Je pense que les employeurs et maîtres d’apprentissage sont conscients de la
valeur de ce type de parcours qui vise l’obtention d’un diplôme, une insertion
professionnelle ainsi que la possibilité d’une reprise d’entreprise.
Un autre enjeu majeur est de continuer à développer les formations de maîtres
d’apprentissage et que ceux-ci prennent conscience de leur importance.
Le CRERA a accompagné plusieurs projets auprès des CFA, il met en place diverses formations vers les formateurs de CFA et les maîtres d’apprentissage, il a aussi produit et publié un vade mecum du maître d’apprentissage en Midi-Pyrénées. Quelles sont, selon vous, les actions que le CRERA doit s’efforcer de développer ?
L’idée de modulariser la formation pour les formateurs de CFA me semble être une bonne formule.
Il serait intéressant que le CRERA puisse développer la formation à distance vers les formateurs de CFA et les maîtres d’apprentissage ; quant aux productions du CRERA et aux accompagnements de projets, ils me semblent adaptés à la demande de nos CFA.
Pour
terminer, Monsieur le Président, quel message souhaiteriez-vous faire passer
aux formateurs d’entreprises, maîtres d’apprentissage
et aux formateurs de CFA ?
Les formateurs de CFA ont une mission importante. Je suis conscient de l’effort qu’ils accomplissent, leur tache n’est pas simple. Ils devront cependant fournir un effort supplémentaire important car nous passerons dans nos CFA de 20% à 40 % des formations dans les niveaux supérieurs. Si nos formateurs n’accompagnent pas nos établissements vers cette transformation, les conséquences pourraient être sévères pour les CFA, l’apprentissage et le marché de l’emploi de demain.
Les chefs d’entreprise doivent se professionnaliser d’avantage dans l’accueil des apprentis, et surtout, favoriser leurs embauches, investir dans leur formation. Jamais nous n’avons eu autant besoin que maintenant des jeunes pour reprendre les entreprises. Je profite de cet entretien pour les remercier pour leur engagement car le rôle du maître d’apprentissage est un rôle essentiel, économique, certes mais également social. On ne peut s’imaginer la complicité qui s’instaure entre un maître d’apprentissage et un apprenti.
Pour terminer, je souhaite remercier le Conseil Régional, le Président Malvy et son équipe qui ont instauré un véritable partenariat avec les organismes gestionnaires, ils sont à nos côtés afin de favoriser le développement d’un apprentissage de qualité au niveau pédagogique mais également au niveau des établissements et de leurs plates formes techniques.
Nos efforts se conjuguent au mieux afin de servir la formation des jeunes apprentis et leur avenir professionnel.
Monsieur le Président, nous vous remercions d’avoir accepté cet entretien et de nous avoir accueillis.
Propos recueillis par Philippe Armandary et Alain Pébrocq - © CRERA